La gestion du personnel sous le feu des critiques
L’exécutif de la CUS subit un tir croisé de critiques sur sa gestion du personnel. La collectivité fait l’objet d’un rapport de la chambre régionale des comptes qui a été rendu public hier. L’image du service public est abîmée disent les élus.

C’est sous le regard vigilant de représentants des organisations syndicales de la communauté urbaine que les conseillers ont débattu pendant plus de deux heures hier après-midi du rapport d’observations définitives de la Chambre régionale des comptes (CRC) sur la gestion du personnel à la CUS. Rapport révélé par les DNA en exclusivité mercredi.

Deux heures de débats intenses, empreints de gravité, pendant lesquelles le président de la CUS, Jacques Bigot, et son vice-président en charge des affaires sociales, Robert Herrmann, ont développé une ligne de défense en deux points : la CRC critique des pratiques anciennes et des actions ont commencé à être menées depuis le début du mandat en cours.

Le travail de la CRC, d’une rare sévérité dans ses commentaires et conclusions, porte sur la période 2005-2011 c’est-à-dire les mandats Grossmann-Keller et Bigot-Ries. En cause : absentéisme, rémunération hors cadre, précarité des vacataires.

Il s’agit de la « sédimentation des avantages acquis, à l’occasion de négociations sociales, a déclaré Jacques Bigot. La somme de ces décisions successives, qui remontent pour certaines au moment même de la création de la CUS, l’a mise dans une situation qui ne cadre pas avec les exigences du temps de travail ». Et de redire, comme de très nombreux intervenants, sa confiance dans les agents et le service public : « Car le service public est le seul bien de ceux qui n’en ont pas ».

Justement, « ce n’est pas le procès de la fonction publique territoriale », a confirmé Yves Bur, le maire de Lingolsheim qui n’est pourtant jamais tendre avec les fonctionnaires. Mais ce rapport « illustre à la fois l’amateurisme dans la gestion des ressources humaines et une absence de pilotage politique, si ce n’est une sorte de démission collective et de laxisme partagé quel que soit le bord politique ».

C’est le principal reproche qui est fait à l’équipe Bigot, un apparent manque de contrôle de l’appareil. Le maire de Wolfisheim, Eric Amiet a parlé de « bateau ivre » et de « gabegie sociale et financière ». Martine Calderoli de « dossier accablant ». Mais la charge la plus forte est finalement venue de l’adjointe de Strasbourg démissionnée Chantal Augé qui a instruit le procès de l’exécutif dont elle a fait partie. « L’ampleur des difficultés est due au manque d’exigences au plus haut niveau ». Selon son analyse, l’échelon politique n’a que très peu de prises sur l’administration. Et elle considère qu’en cinq ans, à partir des constats dressés en 2008, beaucoup de choses auraient pu être faites. « Vous avez contribué à renforcer les clichés contre les fonctionnaires. Vous avez contribué à ne pas défendre les agents et les postes. Vous avez fragilisé les services qui sont externalisés dans d’autres villes ».

D’un ton grave, l’ancien président de la CUS Robert Grossmann a rendu hommage au travail des agents avant de poursuivre : « Il n’est pas faux de penser que la volonté politique a fait défaut. Cet absentéisme a explosé sous votre gestion ». Il a défendu son action en tant que président, rappelant que son initiative de supprimer une prime avait jadis provoqué une grève des éboueurs de trois semaines. « Mais vous avez une mission : ne pas laisser se perdre les exigences de la CRC. Il faut que vous puissiez rendre sa dignité au service public et balayer l’opprobre ».

Pour Fabienne Keller, « ce rapport est un outil de travail, il force l’action, une action respectueuse des agents » tout en regrettant que, à travers l’évolution de la taille de l’équipe du cabinet qui entoure le président, « l’exemple vient toujours d’en haut et il n’est pas bon ».

Mais pour Jacques Bigot, « les efforts sur la masse salariale sont en train d’être faits. Nous allons tirer les leçons avec les organisations syndicales, dans le cadre de la réglementation. Cela dépendra aussi du soutien que vous m’apporterez ». Et Robert Herrmann de lancer à ses adversaires que « ce n’est pas parce qu’il y a des syndicalistes au balcon qu’il faut draguer et ensuite dans les couloirs parler d’externalisation, de fin du statut ».

Dans les gradins du public, les représentants des organisations syndicales étaient en effet particulièrement vigilants sur la teneur des débats. Ils représentent 8 200 agents. Combien cela fait-il d’électeurs à Strasbourg ?

Olivier Claudon

 

 

Traitements des agents : un mode de rémunération jugé opaque

Les dix rémunérations les plus élevées :

En 2010, les dix rémunérations brutes annuelles les plus élevées oscillent entre 91 000 euros et 210 600 euros.

La plus élevée, précise la Chambre régionale des comptes, est celle du chef d’orchestre de l’orchestre philharmonique de Strasbourg.

Aucune de ces dix rémunérations n’était versée à une femme, ni en 2010, ni en 2011. Elles concernaient les filières administratives (60 %), technique (30 %) et culturelle (10 %).

Le montant cumulé de ces dix rémunérations est de 1,12 million d’euros soit une rémunération brute moyenne annuelle de 101 900 euros en 2011.

Traitement annuel moyen :

Le traitement annuel moyen d’un agent de l’ensemble Ville/CUS était de 36 000 euros bruts en 2005 et de 42 300 euros en 2011 soit une hausse de près de 14 %. À comparer au traitement annuel brut moyen d’un agent travaillant à temps complet dans la fonction publique territoriale, qui est de 26 200 euros.

Par filière, ce sont les musiciens de l’orchestre qui ont le traitement moyen le plus élevé (61 500 euros bruts par an en moyenne), suivi par la police municipale (46 300 euros) et la filière culturelle (43 300 euros).

Collaborateurs de cabinet :

En ce qui concerne le cabinet de la communauté urbaine, la Chambre régionale des comptes relève que l’effectif est passé de quatre collaborateurs sous le mandat de Robert Grossmann à sept actuellement autour de Jacques Bigot. La rémunération brute moyenne par collaborateur du cabinet a progressé de 13 % à près de 59 000 euros par an. La dépense globale en charge de personnel du cabinet a, elle, progressé de 98 % à 412 200 euros.

Politique d’avancement :

Mais la Chambre régionale des comptes critique vigoureusement en ce qu’elle coûte cher, la politique de rémunération et d’avancement des agents.

Elle considère ainsi que l’avancement d’échelon se fait à durée minima pour beaucoup trop de monde, ce qui tend à généraliser une progression rapide sans tenir compte de la valeur professionnelle. Dans le même temps, elle conteste le régime indemnitaire qui vient en complément du traitement de base ainsi que celui des primes. Il y a 77 primes différentes. Elle juge que ce système est « opaque et correspond à une sédimentation de primes successives ». Certains dispositifs visent à pouvoir rémunérer des agents arrivés au plafond réglementaire.

Et d’ajouter que l’absentéisme n’est pas pris en compte dans le régime indemnitaire.

O.C.

Rapport accablant sur la gestion du personnel de la Ville et de la CUS

 Dans un rapport qui n’a pas encore été rendu public et que les DNA ont pu consulter, la Chambre régionale des comptes porte une charge violente à l’encontre de la politique de gestion du personnel de la Ville de Strasbourg et de la Communauté urbaine. Le rapport analyse les éléments de ces deux administrations, intimement liées, sur la période 2005 à 2011, c’est-à-dire sous les mandats Keller-Grossmann et Ries-Bigot.

L’ensemble Ville/CUS compte 8 279 emplois pour des dépenses de personnel de 310 millions d’euros par an, en hausse de plus de 15 %. L’un des phénomènes pointés du doigt est le niveau d’absentéisme, qui s’élevait en 2010 à 38 jours par agent et par an. La gestion de l’avancement est par ailleurs jugée opaque et inégale.

Selon la Chambre régionale des comptes, l’ensemble Ville-CUS affiche une politique de maîtrise des dépenses de personnel. Mais « l’absence d’instruments de pilotage de la masse salariale au sein de la collectivité rend ce cadrage et ces objectifs de maîtrise incertains. La collectivité n’est pas en mesure d’objectiver ses orientations et d’en suivre l’exécution et d’en évaluer les résultats. »

Ce que contestent le maire PS de Strasbourg Roland Ries et le président PS de la CUS Jacques Bigot qui ajoutent que « les difficultés mentionnées résultent de la sédimentation de pratiques spécifiques depuis les origines de la communauté urbaine ».

Olivier Claudon