Article extrait des DNA du 28 juin 2012

Avec le départ du PDG suisse Thomas Amstutz, annoncé pour le 31 juillet, Kronenbourg tourne une page dense et mouvementée de son histoire récente.


Carrure impressionnante, voix rocailleuse et bonne humeur contagieuse : la forte personnalité de Thomas Amstutz a marqué pour longtemps la brasserie Kronenbourg depuis sa nomination au poste de PDG à l’automne 2008, quelques mois après le rachat de la brasserie strasbourgeoise par le danois Carlsberg.

À 45 ans, Thomas Amstutz rend son mandat « pour des raisons familiales », dit-il, et repart diriger la brasserie Feldschlösschen, près de Bâle, d’où il était venu.

Sans regret, ce n’est pas le genre du personnage, et avec le sentiment affirmé que « la mission a été remplie ». Forte aujourd’hui de 1 250 salariés, dont 900 en Alsace, la marque rouge et blanche a brassé 6,6 millions d’hectolitres l’an dernier et annonce 902 millions d’euros de chiffre d’affaires : « En hausse de 8  % depuis 2008. C’est pas mal pour un marché qui perd structurellement 1  % par an ! », lance Amstutz avec un large sourire.

De vastes plans de réorganisation

L’effet amplificateur des médias aidant, le public a surtout retenu de ces quatre années de vastes plans de réorganisation, se traduisant par des pertes d’emplois, à Strasbourg notamment : Kronenbourg employait plus de 1 400 personnes en 2008. Mais la stratégie appliquée par le dirigeant suisse était à la fois plus profonde et plus essentielle : « J’ai voulu nous reconcentrer sur notre métier de brasseur, repositionner nos quatre marques et développer une vision pour cette catégorie de produit. Lorsqu’on est leader, il faut s’occuper de tout le marché. C’est notre responsabilité », affirme l’industriel, absolument pas résigné à aucune forme de déclin. Et il assure que les clients de la grande distribution ont vu leur vente augmenter de 4  % tandis que le versant café, hôtel, restauration gagnait 0,5 point de part de marché.

De ses échanges avec le personnel, à qui il a dû annoncer des arbitrages très forts sous les sifflets des syndicats, il retient que le message est plutôt bien passé : « C’était beaucoup plus difficile chez Kronenbourg que chez Feldschlösschen, mais beaucoup plus passionnant puisqu’il a fallu transformer toute l’entreprise. Contrairement à ce que l’on croit, les gens ont une volonté de changer, et ils savaient parfaitement que l’entreprise n’allait pas bien. C’était finalement assez facile de les embarquer dans ce projet. La clé de la réussite est de partager ce qu’on fait ».

Thomas Amstutz a voulu en finir avec une entreprise organisée « en silos » étanches ne communiquant pas assez entre eux. De ce point de vue, Kronenbourg, en se concentrant sur deux sites, Obernai (production, gestion, recherche et développement) et Boulogne-Billancourt (160 personnes dans le commercial et le marketing) a sans doute abandonné son berceau strasbourgeois. Mais il a gagné en cohérence et en compétitivité.

Le patron sortant de Kronenbourg n’est, à vrai dire, pas très optimiste sur la compétitivité française globalement. Mais il a apprécié la France : « Ce qui m’a surpris ? Tout ! La France est très différente de la Suisse. Mais j’ai appris, comme jamais, la façon dont travaillent les politiques, la manière dont fonctionnent les syndicats. Cela m’a passionné ».

40 millions d’euros d’investissements

Aujourd’hui, après avoir engagé plus de 40 millions d’euros d’investissements, lancé la construction d’un siège administratif à Obernai et le déménagement du centre de recherche et développement, M. Amstutz estime que l’essentiel du travail est fait. Beaucoup de ses décisions produiront des effets durables ou prendront corps bien après son départ. La marque de la période Amstutz restera forte. Son successeur est en cours de recrutement.

Antoine Latham