Claude Robinet, DNA

Il y a peu, la responsable d’une structure consulaire du Bas-Rhin qualifiait le Piémont des Vosges de bulle économique. Un compliment pleinement justifié et d’autant plus apprécié que la remarque tombait dans un contexte national difficile. Mais si la crise a aussi produit ses effets dans ce secteur, ce territoire a mieux résisté qu’ailleurs. Pourquoi ?

Parce que les bases sont solides et que l’attractivité, richesse qui appelle la richesse dans une sorte de cercle vertueux, ne peut s’effacer d’un trait. Le Piémont des Vosges est cette bande d’une trentaine de kilomètres qui va de Molsheim au nord jusqu’à Sélestat au sud. Et le symbole de l’économie du Piémont est la brasserie Kronenbourg, implantée à Obernai. Véritable ville dans la ville, l’usine dresse sa tour comme un étendard en bordure de la quatre voies. Kronenbourg, une des plus grosses brasseries d’Europe avec ses sept millions d’hectolitres annuels, a quitté Strasbourg à la fin des années 60 par manque de place. Ce n’est pas un hasard si la société a choisi Obernai, une ville qui a préféré sacrifier de riches terres agricoles pour accueillir de l’industrie. La brasserie a servi de locomotive. D’autres implantations ont suivi, avec des fleurons comme l’Allemand Hager et ses 2000 salariés, le charcutier Stoeffler-Schmidt ou encore la célèbre marque de lingerie Triumph.

Les auspices du Mont Sainte-Odile

Résultat : la ville d’Obernai compte 8500 emplois pour 11 000 habitants. Le Piémont des Vosges, c’est encore des villes comme Barr ou Rosheim, qui bénéficient aussi de la proximité avec la capitale européenne grâce à deux autoroutes, des navettes ferroviaires, et avec l’aéroport d’Entzheim à 20 kilomètres. La région attire les industries et leurs collaborateurs, grâce à son cadre montagneux, ses services, ses loisirs, ses commerces et son offre culturelle. C’est la qualité de vie sans les inconvénients urbains de la métropole strasbourgeoise.

Et la route des vins passe par là. Un autre bonus pour le cadre et l’économie locale, car les viticulteurs ne se plaignent pas (encore) de leur condition. Pour l’accueil des touristes, les hôtels foisonnent et, pour le prestige, trois restaurants étoilés cohabitent entre Obernai et Rosheim.

Les amateurs de week-ends wellness apprécient les quatre étoiles qui s’accrochent jusqu’aux hauteurs du village d’Ottrott, sous les auspices du célèbre Mont Sainte-Odile (700 000 visiteurs par ans). Rançon du succès : la cherté du logement. À Obernai, le prix du terrain à bâtir tourne autour de 30 000 euros l’are. Les acheteurs d’appartements doivent aussi disposer d’un budget conséquent, avec des programmes qui peuvent atteindre 5000 euros du mètre carré dans le haut de gamme. Les prix de Strasbourg. Forcément, le terrain disponible manque et un règlement d’urbanisme a même dû contingenter la construction, pour préserver les terres.

Le Piémont des Vosges fait partie du jalousé bassin d’emploi de Molsheim, sous-préfecture de 10 000 habitants qui compte aussi quelques belles unités industrielles, allant de Mercedes-Benz, Millipore, (agro-alimentaire, pharmacie), à Bugatti, producteur de la fameuse Veyron, jusqu’à Lohr, le spécialiste du matériel de ferroutage. Le taux de chômage y est de 6,6 % (deuxième trimestre 2015), quand le chiffre national est de 10 %.

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