Elle était l’unique habitante des tours de Saints-Pierre-et-Paul : une petite cloche a été déposée hier matin. Et si l’édifice religieux était un jour doté des vraies cloches qu’il n’a jamais eues : c’est le rêve du curé-doyen Yannick Beuvelet.

Elle ne pèse que 150 kg, mais il a fallu une grue pour la descendre du clocher de l’église catholique, hier matin. Il s’agit de la seule cloche dont dispose l’édifice religieux d’Obernai. Impossible en effet de la faire passer par les escaliers trop étroits qui relient la plate-forme au sol. La grue a aussi été utile pour évacuer le bâti de bois et de métal qui servaient de support à l’intérieur du clocher.

Tout est parti d’un constat effectué au cours de l’été. « Je voulais électrifier le mécanisme en vue de faire retentir la sonnerie pour des baptêmes », explique Yannick Beuvelet, le curé-doyen d’Obernai. Mais la visite effectuée sur place en été avec un architecte de la ville a révélé l’état de délabrement avancé de toute la structure de bois et de métal. « C’était dangereux, poursuit le prêtre, la cloche aurait même pu tomber. »

Les travaux commencés lundi par l’entreprise Voegele de Strasbourg, spécialisée dans ce genre d’opération en hauteur, constituaient donc une urgence. Voilà donc la cloche revenue au niveau du sol. Elle ne restera pas sur le parvis mais sera exposée à l’entrée de l’église.

Pour combien de temps ? Car l’histoire ne s’arrête pas là. Et les Obernois, croyants comme non-croyants, auront peut-être la chance d’avoir d’ici quelques années une église Saints-Pierre-et-Paul qui sonne vraiment. Une vraie église, en somme.

Au-delà du seul aspect religieux, il y va aussi de l’authenticité du patrimoine de la ville. Si Saints-Pierre-et-Paul ne sonne pas, cela tient à l’histoire locale. C’est le beffroi de la place du Marché, lui-même vestige d’une ancienne chapelle, qui a toujours servi de clocher pour annoncer les offices de l’église catholique. Si le curé-doyen d’Obernai aimerait bien remonter la petite cloche à sa place originelle, le voici qui nourrit un voeu qu’on n’espère pas seulement pieux : installer des cloches dans son église.

Volées de cloches en stéréo

Les tours de l’édifice obernois peuvent tout à fait en supporter le poids, c’est le constat de l’entreprise strasbourgeoise, qui doit effectuer un devis concernant l’installation de quatre nouvelles cloches, deux par tour. Un tel équipement ne constituerait pas un luxe, puisqu’il permettrait de soulager le kappelturm, lequel est sollicité en permanence. Le kappelturm abrite quatre cloches historiques qui sont aussi fatiguées, tout comme la structure du beffroi, argumente Yannick Beuvelet. Et dans la foulée, pourquoi pas six cloches à l’église ? Le nombre total de pièces serait ainsi monté à dix en comptant celles du beffroi, qui seraient activées lors des grandes occasions. De quoi rappeler le faste d’antan, quand le carillon du beffroi comptait 11 cloches. « Ce serait l’idéal », commente Yannick Beuvelet, qui sait que tout dépendra du montant des travaux, des subventions des collectivités. Le curé d’Obernai pense aussi solliciter les entreprises et les particuliers par la voie du mécénat et des parrainages. « On a quatre ans pour monter le dossier et réaliser éventuellement le projet » termine Yannick Beuvelet, qui entend déjà des volées de cloches en stéréo pour les 130 de la consécration de l’église, qui seront marqués en 2018.

Claude Robinet