Capture d’écran 2014-08-28 à 14.13.45
 
La vie festive nocturne à Obernai a été malmenée ces dernières années. Pourtant, tout ne va pas si mal dans une ville qui compte actuellement quatre bars de nuit et une discothèque.

Poids lourd économique et festif le jour, Obernai le serait-elle également la nuit ? Avec quatre bars ouverts et une discothèque, la cité de sainte Odile a une vraie vie nocturne. À tel point, selon Daniel Irion, propriétaire du 55 dans la rue du Marché, qu’Obernai « supporterait une dizaine de bars de nuit ». Pour Roselyne Henry, patronne du S’Bier Eck, place de l’Étoile, quatre c’est suffisant. Autrement dit, tout le monde peut aujourd’hui avoir sa part du gâteau. « Chacun a sa clientèle, prolonge le patron du bar voisin, le bar Athic, Pierre Stumpf. Beaucoup de monde à Obernai ne signifie pas forcément beaucoup de clients », tempère le bistrotier. Le Brooklyn bar, ouvert en juin 2011, n’a d’ailleurs jamais réussi à se faire une place et a vite fermé.

« Obernai est boudée par les jeunes »

En ce mois d’août, chez Roselyne Henry, on a le sourire. 2014 est pour l’heure un bon cru pour le bar à bières. « On a bien travaillé, les touristes sont toujours là », se félicite la patronne. Cet enthousiasme, les autres collègues de la nuit obernoise ne le partagent pas forcément. Pierre Stumpf, patron du doyen des bars obernois actuels, a vu défiler des générations de clients depuis 29 ans. Aujourd’hui, il reconnaît que l’activité de vente de boissons devient difficile. « Le courant des affaires est irrégulier car la fréquentation est très aléatoire », observe-t-il. En cause selon lui : le contexte économique et la loi d’interdiction de la cigarette dans les cafés.

Au bar le 55, l’activité nocturne a aussi ralenti : « Avant, elle représentait la moitié de notre chiffre d’affaires. Là, en trois ans, on a perdu plus de 400 000 euros. Aujourd’hui, on ne gagne pas d’argent de ce côté-là. » Un ralentissement qui se solde aussi par la suppression de trois postes au bar de nuit et deux à la sécurité.

La pilule est amère pour Daniel Irion, d’autant que l’établissement a fait de lourds investissements pour aménager la partie haute en bar de nuit. Étage aujourd’hui ouvert uniquement les vendredis et samedis.

Le 55 veut prolonger la nuit

Pour le patron, le ralentissement économique n’est pas la cause de tous les maux de son établissement. Il va plutôt chercher l’explication du côté des plages horaires d’ouverture. Aujourd’hui, le 55 ouvre en semaine jusqu’à 1 h 30, 3 h les vendredis et samedis. Des horaires dissuasifs, selon lui. « Obernai est boudé par les jeunes. À quoi ça sert de venir pour reprendre ensuite la voiture ? Les gens vont directement à Strasbourg ou Dorlisheim, où cela ferme plus tard. »

Le 55 aimerait ouvrir jusqu’à 4 h du mercredi au samedi. Problème : les trois PV pour nuisances sonores reçus ces trois dernières années – tous annulés, assure Daniel Irion – et les avis défavorables émis régulièrement par la gendarmerie. « Avant 2011, on n’avait jamais eu une seule réprimande ! Les gendarmes sont obligés de faire leur travail mais cela tue un peu le business, déplore Daniel Irion. Si les gens ne peuvent plus boire, s’amuser en ville, ils restent à la maison. Tout dépend si l’on veut faire d’Obernai une ville de vieux », insiste un Daniel Irion « relativement désabusé ».

Dans les deux autres bars d’Obernai, on se montre moins sévère. Depuis 24 ans, le bar Athic ferme à 3 h tous les jours de la semaine, sauf le lundi. Pour S’Bier Eck, le baisser de rideau est fixé à 1 h 30, du lundi au dimanche. « Ça nous va bien », commente Roselyne Henry. « Ouvrir jusqu’à 4 h ne m’intéresse pas », tranche Pierre Stumpf.

Par ailleurs, aucun des deux bars n’a eu de souci particulier d’alcoolisation et de nuisances. « Même s’il faut gérer le côté difficile de la clientèle nocturne, je suis relativement tranquille depuis quelque temps, assure le patron du bar Athic. De toute manière, je suis intransigeant sur la conduite à tenir. » « La place est calme, prolonge Roselyne Henry. La police et la gendarmerie passent devant. Cela nous rassure. »

Bousculée mais bien implantée, la vie nocturne tient donc le coup. « Obernai le soir, ça vit bien et tard, conclut Roselyne Henry. Il faut juste qu’il fasse beau ! »

Amandine Hyver

Le bar le Millenium et la gendarmerie n’ont pas souhaité répondre à nos questions.


 

Bernard Fischer : « Les gendarmes font leur travail »

DYNAMISME. « Avec une offre ludique complémentaire en journée et en soirée, Obernai est particulièrement dynamique » sur les deux tableaux, résume son maire Bernard Fischer qui constate qu’« une majorité de personnes trouvent leur compte dans l’offre proposée. Certaines villes moyennes n’ont ni bar ni discothèque. Je suis ravi que des personnes privées maintiennent leurs activités. Je comprends que ce soit difficile pour elles mais ça l’est aussi pour le maire, interpellé quand il y a des problèmes de bruits notamment. »

VIE NOCTURNE. Sur la question des nuisances, Bernard Fischer estime que « les nuits obernoises sont globalement tranquilles, même si des comportements particuliers bruyants peuvent être signalés de manière sporadique. » Concernant l’ouverture des bars de nuit, « je ne suis jamais défavorable à une ouverture plus tardive. Mais le maire ne donne qu’un avis consultatif. Ensuite, c’est au préfet de décider. »

RÉPRESSION. S’agissant des contrôles d’alcoolémie menés par la gendarmerie, Bernard Fischer ne pointe ni zèle ni problèmes majeurs. « Les gendarmes font leur travail. Les mêmes qui s’offusquent de ce genre d’actions sont les premiers à trouver scandaleux que des vies humaines soient sacrifiées car les gens conduisent en état d’ébriété. L’hiver dernier, la brigade a intensifié les contrôles au coeur de la ville et en périphérie car l’analyse accidentogène avait révélé que plusieurs morts sur la route en 2013 étaient dues à l’alcoolémie. En redoublant de vigilance, nous avons commencé bien mieux cette année. »